Encore une belle histoire irlandaise :
Autrefois Culain, le forgeron des dieux, vivait dans l'île de Man. A cette époque, Conchubar appartenait à la cour du roi d'Ulster. Conchubar était un beau jeune homme qui ne possédait qu'une épée et qui voulait conquérir un royaume. Il se rendit auprès du druide de Clogher pour lui demander conseil.
- Rends-toi dans l'île de Man, lui dit le druide. Tu y rencontreras le grand Sn-tith Culain. Demande-lui de te forger une épée, une lance et un bouclier. Avec ces armes, le royaume d'Ulster sera à toi.
Conchubar partit, affréta un bateau et traversa la mer. Il débarqua sur Man et se rendit directement à la forge de Culain. Il faisait nuit quand il y arriva. La lueur rouge du four resplendissait dans l'obscurité. Il pouvait entendre à l'intérieur de la forge le hurlement du soufflet et le martèlement de la lourde masse sur l'enclume. Un chien, grand comme un veau, commença à aboyer et à grogner comme le tonnerre. Il alertait son maître qui sortit.
- Que désires-tu, jeune homme ?
- Culain ! a déclaré Conchubar. C'est le druide de Clogher qui m'envoie vers toi. Il m'a conseillé de te demander de me forger une épée, une lance et un bouclier, car c'est seulement avec des armes forgées par tes mains que je pourrai conquérir le royaume d'Ulster.
Le visage de Culain s'assombrit, mais après avoir observé Conchubar, il lut sur son visage son ambition et sa détermination.
- Je te les forgerai mais tu devras attendre car c'est un long travail.
Culain se mit au travail et Conchubar attendait.
Un matin de mai, de très bonne heure, le soleil venait à peine de se lever au-dessus de Cronk-yn-Irree-Laa, Conchubar marchait sur le rivage, en se demandant combien de temps encore il faudrait à Culain pour forger ses armes car il avait hâte de repartir. La marée descendait et le soleil brillait sur le sable humide. Soudain il vit quelque chose étinceler dans les vagues quelques pas devant lui. Il courut jusque là et découvrit une femme, d'une beauté comme il n'en avait jamais vue qui dormait profondément. Ses cheveux étaient d'or, comme l'ajonc en fleur, sa peau plus blanche que l'écume de la mer, ses lèvres rouges comme le corail et ses pommettes lisses comme les petits nuages de l'aube. Le bord de sa robe toute en algues colorées suivait les mouvements des vagues. Sur son cou et sur ses bras, des perles resplendissaient. Conchubar ne bougeait plus fasciné par sa beauté. Il savait que c'était une sirène et que dès qu'elle s'éveillerait, elle se glisserait à nouveau dans l'océan pour disparaître à jamais. Rapidement il la ligota avec sa ceinture.
Elle se réveilla et ouvrit ses yeux bleus comme la mer. En découvrant les liens qui l'entravaient, prise d'angoisse et de terreur, elle supplia :
- Défais cela, homme, détache-moi !
Conchubar ne répondit pas. Elle supplia encore :
- Détache-moi, je t'en prie !
Sa voix était aussi douce que la musique de Hom Mooar, le violoneux féerique. Conchubar pensa qu'il donnerait tout ce qu'il possédait pour la garder près de lui. Il répondit, tremblant :
- Femme, mon cœur, qui es-tu donc ?
- Je suis Teeval, princesse de l'océan. Rends-moi ma liberté, je t'en prie !
- Mais si je te libère, tu vas t'enfuir.
- Je ne peux pas rester avec toi, Conchubar ! Rends-moi ma liberté et je te ferai un très précieux cadeau.
- Je vais te détacher, non pas pour obtenir un cadeau mais parce que je ne peux pas te résister.
Il dénoua sa ceinture. Elle lui dit alors :
- Voici mon cadeau : va trouver Culain maintenant. Il est en train de forger ton bouclier. Dis-lui qu'il y représente le visage de Teeval, princesse de l'océan et que tout autour, il y grave ce nom. Conserve-le toujours dans les batailles que tu livreras. Quand tu poseras ton regard sur mon visage et que tu prononceras mon nom, la force de tes ennemis s'évanouira et se transmettra à tes hommes et à toi.
Quand elle eut dit cela, elle agita son bras blanc et plongea dans les vagues. Conchubar contempla longuement les remous à l'endroit où elle avait disparu, puis il retourna lentement à la forge de Culain auquel il répéta ce que lui avait dit Teeval.
Culain acheva le bouclier. Il était aussi puissant que la princesse l'avait dit. Il forgea une épée magique dont la garde était en or et une lance garnie de pierres précieuses. Puis Conchubar, dans son manteau cramoisi et sa tunique blanche brodée d'or, repartit pour l'Irlande.
Tout ce que la princesse de l'océan lui avait dit devînt vérité. Quand il entrait dans la bataille, qu'il regardait le beau visage sur son bouclier et disait "Teeval", il se sentait subjugué par une force gigantesque qui lui faisait faucher ses ennemis comme de l'herbe. Il devînt bientôt célèbre pour ses exploits dans toute l'Irlande. Quand il devînt roi d'Ulster, il invita Culain à venir se fixer dans son royaume. Il lui donna la plaine de Murthemny.
Jamais, pourtant, il ne revit la belle sirène.
¤°¤°¤ℓє ρяιи¢є ¢σи¢нυвαя єт ℓα ѕιяèиє тєєναℓ ¤°¤°¤
Autrefois Culain, le forgeron des dieux, vivait dans l'île de Man. A cette époque, Conchubar appartenait à la cour du roi d'Ulster. Conchubar était un beau jeune homme qui ne possédait qu'une épée et qui voulait conquérir un royaume. Il se rendit auprès du druide de Clogher pour lui demander conseil.
- Rends-toi dans l'île de Man, lui dit le druide. Tu y rencontreras le grand Sn-tith Culain. Demande-lui de te forger une épée, une lance et un bouclier. Avec ces armes, le royaume d'Ulster sera à toi.
Conchubar partit, affréta un bateau et traversa la mer. Il débarqua sur Man et se rendit directement à la forge de Culain. Il faisait nuit quand il y arriva. La lueur rouge du four resplendissait dans l'obscurité. Il pouvait entendre à l'intérieur de la forge le hurlement du soufflet et le martèlement de la lourde masse sur l'enclume. Un chien, grand comme un veau, commença à aboyer et à grogner comme le tonnerre. Il alertait son maître qui sortit.
- Que désires-tu, jeune homme ?
- Culain ! a déclaré Conchubar. C'est le druide de Clogher qui m'envoie vers toi. Il m'a conseillé de te demander de me forger une épée, une lance et un bouclier, car c'est seulement avec des armes forgées par tes mains que je pourrai conquérir le royaume d'Ulster.
Le visage de Culain s'assombrit, mais après avoir observé Conchubar, il lut sur son visage son ambition et sa détermination.
- Je te les forgerai mais tu devras attendre car c'est un long travail.
Culain se mit au travail et Conchubar attendait.
Un matin de mai, de très bonne heure, le soleil venait à peine de se lever au-dessus de Cronk-yn-Irree-Laa, Conchubar marchait sur le rivage, en se demandant combien de temps encore il faudrait à Culain pour forger ses armes car il avait hâte de repartir. La marée descendait et le soleil brillait sur le sable humide. Soudain il vit quelque chose étinceler dans les vagues quelques pas devant lui. Il courut jusque là et découvrit une femme, d'une beauté comme il n'en avait jamais vue qui dormait profondément. Ses cheveux étaient d'or, comme l'ajonc en fleur, sa peau plus blanche que l'écume de la mer, ses lèvres rouges comme le corail et ses pommettes lisses comme les petits nuages de l'aube. Le bord de sa robe toute en algues colorées suivait les mouvements des vagues. Sur son cou et sur ses bras, des perles resplendissaient. Conchubar ne bougeait plus fasciné par sa beauté. Il savait que c'était une sirène et que dès qu'elle s'éveillerait, elle se glisserait à nouveau dans l'océan pour disparaître à jamais. Rapidement il la ligota avec sa ceinture.
Elle se réveilla et ouvrit ses yeux bleus comme la mer. En découvrant les liens qui l'entravaient, prise d'angoisse et de terreur, elle supplia :
- Défais cela, homme, détache-moi !
Conchubar ne répondit pas. Elle supplia encore :
- Détache-moi, je t'en prie !
Sa voix était aussi douce que la musique de Hom Mooar, le violoneux féerique. Conchubar pensa qu'il donnerait tout ce qu'il possédait pour la garder près de lui. Il répondit, tremblant :
- Femme, mon cœur, qui es-tu donc ?
- Je suis Teeval, princesse de l'océan. Rends-moi ma liberté, je t'en prie !
- Mais si je te libère, tu vas t'enfuir.
- Je ne peux pas rester avec toi, Conchubar ! Rends-moi ma liberté et je te ferai un très précieux cadeau.
- Je vais te détacher, non pas pour obtenir un cadeau mais parce que je ne peux pas te résister.
Il dénoua sa ceinture. Elle lui dit alors :
- Voici mon cadeau : va trouver Culain maintenant. Il est en train de forger ton bouclier. Dis-lui qu'il y représente le visage de Teeval, princesse de l'océan et que tout autour, il y grave ce nom. Conserve-le toujours dans les batailles que tu livreras. Quand tu poseras ton regard sur mon visage et que tu prononceras mon nom, la force de tes ennemis s'évanouira et se transmettra à tes hommes et à toi.
Quand elle eut dit cela, elle agita son bras blanc et plongea dans les vagues. Conchubar contempla longuement les remous à l'endroit où elle avait disparu, puis il retourna lentement à la forge de Culain auquel il répéta ce que lui avait dit Teeval.
Culain acheva le bouclier. Il était aussi puissant que la princesse l'avait dit. Il forgea une épée magique dont la garde était en or et une lance garnie de pierres précieuses. Puis Conchubar, dans son manteau cramoisi et sa tunique blanche brodée d'or, repartit pour l'Irlande.
Tout ce que la princesse de l'océan lui avait dit devînt vérité. Quand il entrait dans la bataille, qu'il regardait le beau visage sur son bouclier et disait "Teeval", il se sentait subjugué par une force gigantesque qui lui faisait faucher ses ennemis comme de l'herbe. Il devînt bientôt célèbre pour ses exploits dans toute l'Irlande. Quand il devînt roi d'Ulster, il invita Culain à venir se fixer dans son royaume. Il lui donna la plaine de Murthemny.
Jamais, pourtant, il ne revit la belle sirène.